Demain ce n'est donc pas plus preview, mais avec 17 planches vous avez de quoi faire, non ? Allez bonne lecture à tous.
Après avoir évoqué la série Hot-Dog dans le 1ère partie de l'interview [ici], Guillaume Bianco répond à mes questions sur ses autres projets.
Soleil Actu : Si je ne me trompe pas, votre prochaine série Billy Brouillard aura un style graphique proche de celui de "Mon coin à moi" publié dans Lanfeust Mag.
Personnellement j'ai du mal à définir ce 2ème style. Parfois, j'y vois un nouveau style vraiment différent de celui des gags et à d'autres moments je me dis que ce n'est juste qu'une variation
d'un même thème. Vous le définiriez comment ?
Guillaume Bianco : Pourquoi chercher à définir un style?
Le traitement graphique utilisé dans Billy Brouillard est plus spontané. Will était dessiné de manière plus “classique” et “traditionnelle”, c’était un dérivé de ma culture “franco belge”... (crayonné, encrage pinceau, etc...)
Je commençai a souffrir de ce procédé à ne plus prendre plaisir à dessiner, et j’ai eu besoin, de travailler de manière plus décomplexée ... Je n’avais pas réalisé “que l’on avait le droit” de dessiner sans crayonné avec un trait tordu ...
Je remplissai les marges de mes pages de petits gribouillis les soirs de déprime ... C’est Barbara Canepa qui m’a dit : “Mais pourquoi tu ne dessines pas tout le temps comme ça ? C’est bien mieux ! C’est plus toi !"
Elle a récupéré des dessins au fond de ma poubelle et c’est ainsi qu’est née l’idée de faire Billy Brouillard ...C’était tellement facile pour moi, que j’avais l’impression que c’était de la triche ... Ca va paraître idiot, mais à mon sens, le dessin devait être lié à l’effort et à la souffrance ...
J’ai désormais retrouvé un réel plaisir au dessin, je me sens libre et bien lorsque je dessine de manière plus “instinctive”, je trouve les dessin plus “frais”, et plus “justes” ...Billy Brouillard est fait sans crayonné, tantôt laissé en noir et blanc, tantôt coloré à l’aquarelle, de manière plus libre ...Hot Dog est à mi-chemin entre la technique utilisée sur Will et Billy brouillard ...
De plus il me semble que le trait utilisé dans Billy Brouillard est justifié par le changement de theme et de discours, qui diffère totalement de celui de Will ...
C’est une toute nouvelle collection qui verra le jour a l’automne 2008 avec le 1er tome de Billy Brouillard. [NdSA : Le 2ème album de la collection devrait être End (Canepa - Merli)]
Le thème principal, comme son nom l’indique, est la transformation, le devenir, le changement.On y parle surtout de la mort ainsi que des peurs ancestrales à son sujet propres à tout un chacun, mais d’un point de vue romantique, comme cela pouvait se faire à la fin du 19 ème durant la période “Liberty”, ou du “décadentisme” ... (Maupassant , Beaudelaire , Kafka) ... Ou comme peuvent encore le faire aujourd’hui en littérature des auteurs comme Isabelle Allende, Gabriel Garcia Marquez, etc...Nous aimerions que la sensation que l’on éprouve en ouvrant un livre de “Metamorphose” soit celle que l’on pourrait ressentir en découvrant un vieux livre antique caché, retrouvé par hasard tout au fond d’un vieux coffre poussiéreux.
Un livres recélant des histoires interdites illustrées par des dessins à la Arthur Racham, racontant des histoires fantastiques , des histoires d’épouvante.Cette collection est destinée aux lecteurs de 00 à 100 ans. Il y aura des livres dit plus “jeunesse”, et d’autres plus “adultes”. Mais de manière générale, il n’y a pas de “cible” à proprement parlé ... Je pense que c’est une des forces de la collection.Prenez “Alice au pays des merveilles “, de Caroll, par exemple ... On peut le lire enfant et y trouver egalement un intérêt a 90 ans....
Métamorphose sera un peu à cette image , un peu noir et sombre , mais surtout très romantique au vrai sens du terme , évidemment ...
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| End (Canepa - Merli) | Billy Brouillard (Bianco) |
Billy Brouilard sera un album de 140 pages environ ... Traitant de l’univers onirique d’un petit garçon de 7 ans, qui retrouve le cadavre de son chat au fond du jardin, et qui cherche désespérément à savoir qui est la mort, qui s’interroge a son sujet ...Billy Brouillard n’est ni une série gothique, ni philosophique, et encore moins morbide ... Elle aborde cette grande thématique taboue qu’est la mort, de manière simple et directe ... Je pense qu’il est important d’en parler aux plus jeunes, de leur dire que c’est quelque chose de naturel qu’il ne faut pas en avoir peur, qu’elle fait partie de nous ...Il y a de la BD, des illutrations, des poèmes, des bestiares fantastiques, des fiches para-psychologiques, etc....Les tomes suivants seront beaucoup plus modestes, le tome deux sera un petit livre illustré, le trois , un recueil de poésie propre a l’univers de Billy Brouillard, le tome quatre , un bestiare anarchique etc.... Billy partira a la recherche de son chat ... Telle est la trame principale. Mais L’album ressemblera plutôt à un patchwork.Le premier tome offrira toutes les facettes de ce que peut être un livre de Billy Brouillard, une sorte de recueil en somme...
Ces strips ont selon moi, de l’intéret en publication presse ... Mais nous ne sommes pas contre l’idée d’un recueil ... Nous avons eu deux propositions d’adaptation en album ...Soleil ne semble pas particulièrement intéressé ... Il faudrait que nous en discutions avec eux...
Non , jamais ... C’est terminé ... J’ai dis tout ce que j’avais a dire avec ces personnages ... Continuer ne serait que se répéter inutilement.
Soleil Actu : Ma première impression, en feuilletant les planches, a été de voir dans Hot-Dog une réminiscence de Klébert, le chien un peu déjanté mais très charismatique de la série
Will.
Guillaume Bianco : C’est vrai qu’Oswald, le personnage principal de Hot Dog, a les mêmes traits physiques que Klébert, le chien de “Will”, ma précédente série. Je ne sais pas dessiner les chiens autrement !Il n'y a donc pas eu l'influence de Klébert sur la génèse de Hot-Dog ?
A part la ressemblance entre Klébert et Oswald, il n’y a aucun lien entre Will et Hot Dog. Je souhaitais parler de sujets qui me préoccupent concernant la société des hommes, et le chien, qui en est le “meilleur ami“, me semblait le plus adapté ...
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| Klébert (Will) | Oswald (Hot-Dog) |
Effectivement, en 2004, personne ne parlait de développement durable ... Je trouvais ça plutôt aberrant. Hot Dog aborde des grands thèmes liés à l’environnement ... Même si il serait réducteur de ne le résumer qu’à ça , je pense qu’on peut dire que c’est un album écolo ...Ce sont donc des thèmes qui vous tiennent à vraiment à coeur ?
En 2006, le développement durable a commencé a devenir un argument marketting dans différents médias ... Je trouve ça plutôt cynique, mais je suis tout de même un peu rassuré du fait que l’on en parle.
La pollution planétaire m’angoisse depuis bien longtemps, et je suis ravi que le thème du développement durable soit désormais dans toutes les bouches. J’espère que ce ne sera pas qu’une mode, ou si c’en est une , espérons qu’elle soit “durable”...
Pas du tout.
Mourad Boudjellal [Président de Soleil] et Jean Wacquet [Directeur Editorial] m’ont tout simplement laissé faire ce que je voulais. Ils m’ont fait confiance et laissé une entière liberté. J’ai même demandé un papier dont le procédé de fabrication respectait le développement durable, ainsi qu’un format intermédiaire entre un “Lanfeust” et un “Will”, ils n’y a eu aucun problème à ce niveau là.
Pareil pour la maquette de l’album. Je voulais que ce livre ait un minimum de sens, qu’il soit le reflet de son temps, qu’il soit un peu utile ... Que l’on puisse rire, mais également apprendre des choses utiles, grâce a ces “fiches informatives”.
Saviez-vous par exemple, qu’en Europe, la France est le plus gros importateur du bois des forets amazonienne ? Le plus sinistre dans tout ça, c’est que cette matière première est utilisée par nos industriels à la réalisation de serviettes en papier, d’assiettes en carton, de cure- dents et d’allumettes ! Le “poumon de la planète” est en partie détruit pour que l’on puisse aisément se curer les dents ! Quelle angoisse ! En sensibilisant les consommateurs que nous sommes, en les incitant à les rendre responsables, on pourrait changer certaines choses .. Enfin ... je me plait à le croire ...
Jean Wacquet est particulièrement sensible aux thèmes environnementaux, et a d’ailleurs écrit une très jolie préface.
La vie est faite des deux ... Rire et larme... Une situation est d’autant plus drôle , au milieu d’un contexte dramatique , car elle est mise en relief ... Rien n’est plus triste qu’un évênement dramatique qui surgit au beau milieu d’un contexte respirant la joie et la bonne humeur ...
Joie et tristesse ... L’un n’existe pas sans l’autre. L’un exalte et est exalté par l’autre. Et la vie de tout un chacun est faite de ces toutes petites choses ...
Mais tout ça n’est pas très réfléchit ... Ca me vient plutôt naturellement ... Je trouve l’art de la cassure plutôt intéressant...
Désolé, mais chaques personnages représente une facette de ma personnalité ... Sally, la seule humaine de la série, représente l’innocence, une certaine idée que je me fait de l’idéal humain ... Piotr représente mon coté je-m’en-foutiste, Stan le gros chien bleu, mon coté débile qui reste hypnotisé devant la Star Academy, etc...
Tout ça fonctionne comme un petit théatre de la vie ... J’utilise tel ou tel personnage en fonction de mon humeur et du thème que je veux aborder...
Ce principe m’a été inspiré par Schultz, le papa des Peanuts ... Il y a un peu de lui dans Lucie, Schroeder, et Linus ... Evidemment le concentré de Schulz se retrouve dans Charlie Brown...

Et donc lequel de vos personnages serait un "concentré de Bianco" ?
Pour moi, ce sera Oswald ... désabusé, pessimiste et en colère ...
L'interview ne s'arrête pas là. La 2ème partie de l'interview axée sur les autres projets de Guillaume Bianco se trouve [ici]
!!
En attendant vous pouvez retrouver l'album Hot-Dog #1 (Bianco) dans votre librairie préféré car l'album vient tout juste de sortir.
Régalez-vous !!



